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Fouad ZARROU champion rif... Posté par admin (6117)
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Nice, Capital de la cote d’azur, en France,a accueilli le 3 et 4 septembre 2005, le premier championnat du monde de plongée en apnée Individuel en poids constant.




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marmedi : L'île Tourah ou Le blues de Calypso
Posté par admin le 7/2/2006 18:48:18 (3232 lectures) Articles du même auteur

Ogygie pour les Grecs, Peregil (Persil) pour les Espagnols ,Leïla ou Tourah pour les Marocains. Peu importe. Homère nous avait mis l'eau à la bouche: «
A l'intérieur, chantant à belle voix, elle faisait courir la navette d'or sur la toile. Un bois avait poussé près de la grotte avec richesse...Là, tapissant l'entrée de la profonde grotte, sous le poids de ses grappes une vigne montait...»



Hermès, le messager des dieux, venu apporter la levée d'écrou d'Ulysse dans ce coin perdu du bout du monde grec, en était resté bouche bée.

là, quatre sources surgissant en même lieu dans quatre directions faisaient ruisseler leur eau blanche; tout autour fleurissaient de tendres prés de violettes et de persil...»

Petit bémol: François Hartog, professeur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, à Paris, nous avait prévenus de l'ambiguïté des lieux. Ni ici ni là. Un «jardin ordonné mais sauvage, à mi-chemin entre l'irréel magique et le travail de l'homme». Mais au bout de la piste, sous l'oeil moqueur des chèvres barbichues comme un imam, il y avait ce tas de cailloux arides et piquetés de buissons ras, ces falaises ocre et blanc crevées par le cri incessant des mouettes, deux ou trois pins parasols courbés par l'arthrose et une grotte en coup de sabre. Un îlot grand comme trois terrains de foot, dont la possession avait failli, en juillet 2002, déclencher la troisième guerre mondiale... entre le Maroc et l'Espagne. De quoi s'asseoir sur un rocher et, comme Ulysse, se mettre à pleurer en regrettant la mère patrie.


Il faudrait ne jamais grandir. Garder les yeux des enfants. Eux auraient vu d'emblée la charge explosive de ce point minuscule ancré sur les flots violets et turquoise d'une région entre deux mondes, vouée aux songes et aux frontières changeantes. Tout ce qui est vraiment à voir est intérieur. Caché. Kaliptein, en grec ancien, comme Calypso, la voilée, l'inaccessible. Mais cette secrète était aussi - avant tout! - une amoureuse flamboyante prête à toutes les transgressions pour son mortel d'homme. A tous les mélanges de genres. Alors, Zeus tonnant l'avait sacrifiée sans pitié pour que tout rentre dans l'ordre. Dans son ordre. Parce que, chez lui, cela ne se faisait pas qu'une déesse offre l'immortalité à celui qu'elle aime. Ce vieux coureur olympique de jupons se méfiait de l'amour qui bouscule les lois. Renverse les pouvoirs. Brise les interdits.

«Calypso, déesse aux beaux cheveux, la redoutable à voix humaine»
(Homère, L'odyssée, chant XII)


Autour de l'île, le chergui venu du Sahara soufflait, agitant des voiles mauves au ras des vagues. Sur ce coin de la côte marocaine explosé de soleil, où les palmiers nains brûlent parfois comme des lampions de juillet dans un poème de Breton, se mêlent toutes les envies des hommes «mangeurs de pain», nomades arrêtés ou en route, perpétuellement en quête d'ailleurs.


Bien sûr, Ulysse va revenir. Ne serait-ce que pour raconter son histoire et l'achever. Qu'aurait-il pu faire d'autre? Homère l'a expédié sur la frontière de nulle part. Aussi loin que le permettaient les maigres connaissances de son époque. Sur le bouclier d'Achille forgé par Héphaïstos, le dieu du feu boiteux et cocu mais pas vraiment content, le monde a la forme d'une assiette ronde, dont le bord serait formé par le fleuve circulaire Océan qui coule au-delà des colonnes d'Hercule, le djebel Moussah et Gibraltar. Ainsi, en abordant Ogygie, après avoir dérivé dix jours dans la tempête, Ulysse s'était mis hors du temps. Presque hors de tout, dans des parages que, longtemps, les navigateurs ont redouté de fréquenter. Au-delà commençait un no man's land effrayant, que les marins mettront des siècles à apprivoiser.


Le détroit est un hymne au dépassement. Phéniciens qui, les premiers, ont tâté l'Atlantique du bout de leurs rames, Carthaginois qui commercent le pourpre, Romains friands de garum (une sorte de nuoc-mâm antique) ou Byzantins timorés, tous poussent vers l'ouest. Ils forcent les passages. Ils établissent des colonies. Au Ve siècle avant Jésus-Christ, Hannon a labouré la mer d'une main de maître. Cet explorateur punique passablement gonflé, parti avec une flotte de 60 navires et 30 000 colons à la recherche de mines d'or, avait longé les côtes jusqu'au Cameroun. Mais il faudra attendre les conquêtes arabes pour que l'expansion change de sens géographique, du sud au nord.


Le soir, à Ksar es-Seghir, un petit port tranquille tatoué de vestiges portugais, quand le vent est favorable, les montagnes de la côte espagnole émergent de la brume de mer, toutes dorées par le soleil qui se couche sur l'Atlantique. Si proches que, pour un peu, on les toucherait. Combien de temps Tarik ibn Ziad, le lieutenant de Mûsa ibn Nosaïr, le grand conquérant arabe du Maroc, les a-t-il ainsi caressées? Affûtant son désir jusqu'à ce que l'ordre lui arrive de Bagdad de donner une nouvelle frontière à l'Islam victorieux. En 711, Tarik s'embarque avec 10 000 combattants berbères. Savent-ils, les soldats du Prophète, que ce sont les communautés juives d'Espagne, persécutées par l'Eglise wisigothe, qui les ont appelés à l'aide?


Allah akbar! Moins de quinze kilomètres séparent le croissant de la croix, djebel Moussah de djebel Tarik, qui deviendra Gibraltar. En arrivant de l'autre côté, le conquérant, qui avale le royaume wisigoth dans la foulée de la bataille de Guadalete, a incendié ses péniches de débarquement pour que ses troupes ne puissent pas même songer à la retraite. Près de huit siècles plus tard, en 1492, les derniers habitants de Grenade chassés par la Reconquête repassent le détroit. Cette même année, Isabelle la Catholique expulse les juifs, dont certains gagnent, eux aussi, le Maroc. Chante Lorca: «Cent cavaliers en deuil/ Où peuvent-ils aller à travers le ciel gisant/ de l'orangeraie?/ Ni à Cordoue ni à Séville/ Ils n'arriveront./ Ni à Grenade qui soupire:/ Ah! la mer!»


Les cartographes modernes ont redressé la mappemonde dessinée par Al-Idrisi. Une bizarrerie. Le plus grand géographe du Moyen Age, vieux routard des côtes africaines et espagnoles, botaniste réputé né à Ceuta en 1099, avait représenté un monde inversé, où les pays du Sud occupent le haut de la carte et ceux du Nord, le bas. Au moins les choses étaient claires. Sur la ligne de jonction imaginaire entre l'Atlantique et la Méditerranée, les esprits cartésiens aimeraient plus de netteté, une couleur des eaux plus tranchée. Le phare jaune du cap de Mabalata, la porte ouest du détroit, a des allures de mosquée. Au large, un pétrolier file vers Suez et l'Arabie heureuse. Dans les jardins bleus, des vieux en djellaba blanche, la canne entre les genoux, et des jeunes en casquette de base-ball, polo et jean dégustent à petites gorgées un thé à la menthe épais en mangeant des cacahuètes. Plus bas, au milieu des chardons violets, une poignée de vieux canons rouillés veillent.


Le nord du Maroc ne cesse de reconstruire l'histoire. De jeter des passerelles entre les deux rives du détroit. D'entremêler, sur une trame vieille de cinq siècles, les fils plutôt sombres d'un présent qui inquiète et ceux d'un passé recomposé aux teintes pastel. Avec de soudaines bouffées de regrets violents et contagieux. Ceux d'un ailleurs paré de toutes les nostalgies. Ecoutez Ulysse qui se languit de chez lui. Au point de refuser les charmes immortels de Calypso et la vie des dieux: «Pardonne-moi, royale nymphe! Je sais moi aussi [...] que la très sage Pénélope n'offre aux regards ni ta beauté ni ta stature: elle est mortelle et tu ignores l'âge et la mort. Et néanmoins j'espère, je désire à tout moment me retrouver chez moi et vivre l'heure du retour.» A ce point du récit, pour mieux accompagner la plainte, il faudrait un long coup d'archet sur les cordes du rbab, cette sorte de violon posé sur le genou du musicien, l'instrument majeur de la musique arabo-andalouse.


A M'diq, à Chaouen, à Smir ou à Tétouan, quand jouent les orchestres - masculins ou féminins - d'al-âla, la musiqa andalussiya, certains donneraient tout pour retrouver le paradis perdu. L'âge d'or de l'Andalousie, ses montagnes rongées de soleil, son art de vivre, ses frais patios et ses jardins profonds. Sur la route entre Ceuta l'espagnole et Tétouan la marocaine, les dents aigües du Rif n'ont pas croqué toute la côte. S'égrènent les longues plages blondes comme les blés que les femmes au chapeau de paille conique à pompons marine et à la robe rayée de rouge et de bleu vif coupent à petits coups de faucille. S'alignent les maisons blanches des marinas. Le bruit frais d'un cliquet d'arrosage et les palmiers qui palpitent. Un petit oiseau bariolé vole entre les bosquets d'hibiscus rouges, au ras des bordures d'oeillets froissés, de géraniums joufflus, de pensées violettes et de papyrus dentelés. La mer d'un bleu Klein frise doucement. C'est l'heure suspendue de la sieste. Mais rien ne saurait calmer les brûlures des rêves inassouvis.


Le détroit de Tétouan est une ode à la contrebande


Revoir Al-Andalous! Dans la médina de Tétouan, les gonds de certaines portes sont ornés de grenades stylisées. La marque distinctive des vieilles familles exilées de Grenade qui ont fondé la ville au XVIe siècle. M'hammad Bennaboud lit sa médina à livre ouvert. Il connaît l'âge de toutes les pierres, l'histoire de chaque maison. Ce professeur d'histoire passionné d'architecture, fils d'un nationaliste marocain mort au Pakistan, affirme que les seuls vrais zelliges andalous du Maroc se trouvent à Tétouan. Pas à Fès. La main démonstrative, il vous vantera la petite taille de chacun de ces dizaines d'éléments en céramique. Il vous fera caresser leur surface bombée qui réfléchit la lumière. Il vous parlera du secret - presque - perdu des composants métalliques qui leur donnent leurs couleurs douces et variables en fonction de la place qu'ils occupaient dans le four du céramiste. Mais M'hammad Bennaboud est en colère. Il vomit les vandales qui achètent les vieilles maisons de la médina pour les dépecer et revendre les portes cloutées et les zelliges aux collectionneurs d'Europe.


S'il n'y avait que cette combine-là! Le détroit est une ode à la contrebande. Un chant à Hermès le resplendissant, dieu des voyageurs et des voleurs. Triste époque: à écouter les soldats marocains mal tenus qui surveillent de la côte l'île de Calypso, Ogygie est l'un des points de passage favoris des trafiquants, qui s'abriteraient dans sa grotte. Cannabis du Rif et clandestins du monde entier, la nuit venue, les mille criques cachées de la côte s'animent d'une vie polymorphe et illégale. Dans les phares des 4 x 4 surpuissants et de camions qui transportent les marchandises ou les hommes. Dans le vrombissement des énormes moteurs des pateras pointues et des Zodiac noirs au gros ventre. Direction l'Espagne, avec, comme portes d'entrée dans l'Europe, Algesiras au plus loin, Ceuta au plus proche. Ceuta la frontière, ses remparts portugais, son architecture espagnole, sa cathédrale aux couleurs des palais autrichiens des Habsbourg, ses 9 kilomètres d'enceinte double, grillages, barbelés et caméras de surveillance, et ses ferrys rapides.


Qu'aurait donc pensé l'Ingénieux de cette «opération Ulysse» décidée l'année dernière par l'Europe de Schengen pour arrêter les clandestins? Lui, le vagabond des mers, le sans-papiers ballotté de Troie à Ogygie au gré des humeurs de Poséidon l'ébranleur. Des Ulysse ramenés dans les filets de la Guardia civil, ce jour-là, le centre de transit des immigrés clandestins installé dans les collines de Ceuta (hébergement volontaire, assistance juridique et sociale, soins médicaux, basket et pétanque) en recelait 400. Parmi eux, il y avait Mandeep Singh, un Pendjabi, dont l'odyssée personnelle collait presque exactement à celle d'Homère. Après avoir traversé le Pakistan et l'Iran, il avait embarqué en Turquie; pour 2 000 dollars, sur un cargo qui avait sillonné la Méditerranée avant de le jeter à l'eau à quelques encablures de Calypso. Du mauvais côté du détroit.

Baldev Singh Rani, un autre Pendjabi, s'était trompé de frontière entre la France et l'Espagne. Fataliste et grec en diable avec son «Nous sommes tous dans la main des dieux», il avait accepté son sort: la Légion étrangère espagnole plutôt que la Légion étrangère française. Et voilà comment il s'était retrouvé - «Legionarios a luchar, legionarios a morir» - soldat du Tercio à Ceuta. Sans pays mais pas sans drapeau. Sans passé mais pas sans histoire. Le musée légionnaire de Ceuta a accroché dans son entrée les photos de La Bandera, tournée en 1935 par Julien Duvivier, d'après le livre de Pierre Mac Orlan. Jean Gabin, coiffé du fameux calot vert à gland rouge, y exhibe sa belle gueule d'ange marquée par la fatalité. Seule sa mort héroïque dans les montagnes du Rif rachètera ses fautes.

A ce compte-là, l'Espagne des années 1920 aurait dû être purifiée rapidement. Entre 1921 et 1926, la guerre du Rif est un petit Vietnam. L'homme qui dirige la rébellion contre le protectorat espagnol installé au nord du Maroc depuis 1904 s'appelle Abd el-Krim. Ses ennemis ne voient en lui qu'un chef de bande. Mais cet ancien instituteur et journaliste local au visage empâté a été l'un des premiers leaders du tiers-monde. En 1921, sept cent neuf ans après la bataille de Las Navas de Tolosa, qui avait marqué le début de la fin pour les Arabes d'Al-Andalous, Abd el-Krim a taillé en pièces l'armée du général Sylvestre à Anoual: 3 500 morts, des milliers de prisonniers. En Espagne, où l'Eglise catholique voyait dans la guerre du Rif une croisade sur la terre même des infidèles, le choc est terrible. Il conduit au coup d'Etat de Miguel Primo de Rivera en 1923. Une étape de plat sur la longue route chaotique vers la guerre civile.

Dans l'intervalle, Abd el-Krim a poussé jusqu'à la côte. Il a fait de Chaouen, cette cité blanche accrochée aux montagnes mais nostalgique de la mer au point de peindre en bleu ses portes et le bas de ses murs, la capitale de sa République du Rif. Un Etat indépendant qui possède son propre drapeau et qui bat monnaie.

Trop, c'est trop: les Français, qui craignent la contagion, décident de s'allier aux Espagnols pour éliminer le seigneur du Rif. Aviation, gaz de combat, blindés et artillerie lourde, rien n'est assez beau! Paris a envoyé le vainqueur de Verdun, Philippe Pétain. Madrid fait confiance au patron du Tercio, un obscur officier supérieur nommé Francisco Franco. Entre les deux hommes, le courant passe très bien. En 1926, Abd el-Krim tombe. Il sera déporté à la Réunion avant de trouver un asile politique au Caire, où il meurt en 1947. Les fidèles troupes espagnoles du Maroc trouveront bien vite d'autres emplois. En 1936, Franco retraverse le détroit pour une nouvelle version de la Reconquista.


Les cris des enfants qui se baignent en contrebas résonnent sur les pentes acérées des gorges rouges d'Oued Laou. L'odeur des lauriers-roses monte en vagues suffocantes. Sur l'épaule de la montagne passe la silhouette d'un homme qui pousse son cheval vers d'autres horizons.


Quand on aime, il faut partir, c'est bien connu. Quand on aime, il faut surtout savoir laisser partir. Alors Calypso va aider Ulysse à construire le bateau du retour. Lui désigner les arbres. Lui passer les outils, la hache à double tranchant, une doloire pour dégrossir, les tarières et l'étoffe pour les voiles. Manifestement, le héros est à son affaire. Le coup d'oeil est précis, la main sûre. Abdel Lilah, le maître charpentier de marine du port de M'diq ne le renierait certainement pas. Le chantier naval sent le bois frais, l'eucalyptus pour les couples et le pin rouge pour le bordage. Certes, le sciage est devenu mécanique et l'ossature des longs bateaux de pêche est tenue par des boulons. Mais les techniques n'ont pas varié depuis des siècles. Et, demain, Abdel Lilah apprendra à son successeur à construire comme il l'a appris lui-même voici une quinzaine d'années. Hassan el-Morabet, président des armateurs de M'diq, contemple son dernier-né, le cinquième bateau de sa flotte, qui prendra la mer dans trois mois. Bon vent! «Ulysse jubilant ouvrit sa voile à cette brise. Il s'installa, il tint la barre en homme du métier, [...] dix-sept jours, il cingla ainsi en haute mer.»


Au revoir! Aux portes de Ceuta, au-dessus du petit village marocain de Ben Younes, la montagne tombe dans la mer. En courbes douces, tendres jusqu'à la volupté. Les Espagnols, raidis dans le drame, l'appellent «la femme morte». Mais nous, nous savons que Calypso dort et qu'elle rêve. Parce que, a dit Rodin, «le désir et le rêve sont immortels».

Georges Dupuy

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